Picador, Banderillero et Matador – Guide Officiel des Rôles dans une Corrida
Picador, Banderillero et Matador – Les Trois Rôles Officiels d’une Corrida
La corrida est un spectacle structuré avec une précision quasi-rituelle, où chaque participant joue un rôle défini et indispensable. Au cœur de cette tradition séculaire, trois figures se distinguent : le picador, le banderillero et le matador. Ensemble, ils forment la cuadrilla, l’équipe qui affronte le taureau lors de chaque corrida à Madrid et dans toute l’Espagne.
Comprendre ces rôles, c’est accéder à une lecture profonde de la corrida. Ce n’est plus un simple spectacle — c’est un ballet codifié où chaque geste a un sens, chaque phase une signification symbolique. Ce guide officiel vous explique qui fait quoi, pourquoi, et comment ces trois personnages interagissent pour créer l’un des spectacles les plus intenses de la culture espagnole.
Le Picador : Le Cavalier au Cheval Blindé
Le picador est le premier à entrer en action lors du tercio de varas, la première phase d’une corrida. Monté sur un cheval protégé par un caparaçon rembourré appelé peto, il porte une longue lance — la garrocha ou vara — avec laquelle il pique le taureau dans la partie supérieure du dos, précisément dans le morrillo, le muscle cervical caractéristique du toro bravo.
Cette intervention n’est pas gratuite : elle affaiblit les muscles du cou du taureau, forçant l’animal à baisser la tête. Ce geste est fondamental pour la suite du combat, car il permet au matador de travailler la muleta avec davantage de sécurité. Le picador est généralement costaud, assis haut sur son cheval, et doit faire preuve d’un sang-froid remarquable face aux charges du taureau.
| Caractéristique | Picador | Banderillero | Matador |
|---|---|---|---|
| Phase d’intervention | Tercio de varas (1ère) | Tercio de banderillas (2ème) | Tercio de muerte (3ème) |
| Arme principale | Vara (lance) | Banderillas (bâtons ornés) | Muleta + épée |
| Position | À cheval | À pied | À pied |
| Objectif | Affaiblir le morrillo | Corriger la charge | Dominer et tuer le taureau |
Le Banderillero : La Précision au Service du Spectacle
Après le tercio de varas, vient le tercio de banderillas, qui appartient au banderillero. Son rôle consiste à planter deux bâtons ornés de papiers colorés — les banderillas — dans le dos du taureau, juste derrière les épaules. Cette intervention exige une précision extrême et un courage certain : le banderillero doit courir vers le taureau en charge, planter ses banderillas simultanément des deux mains, puis esquiver l’animal au dernier moment.
Les banderillas remplissent deux fonctions essentielles : elles stimulent le taureau affaibli par les piques et elles corrigent d’éventuels défauts dans sa charge. Un taureau qui chargeait trop fort du côté gauche peut être rééquilibré grâce au placement stratégique des banderillas. Le banderillero est donc un technicien autant qu’un artiste, et certains sont aussi célèbres que les matadors eux-mêmes.
Dans la cuadrilla, il y a généralement trois banderilleros. Ceux-ci accomplissent également d’autres missions : ils travaillent avec le capote (grande cape rose et or) lors des premières passes pour tester le taureau, et ils peuvent intervenir en cas de danger pour protéger le matador.
| Rôle | Description | Niveau de danger |
|---|---|---|
| Planter les banderillas | Placer 2 bâtons dans le dos du taureau | Très élevé |
| Travailler au capote | Passes préliminaires pour tester le taureau | Élevé |
| Protéger le matador | Intervention en cas de chute ou de danger | Extrême |
| Guider le taureau | Positionner l’animal pour le matador | Modéré |
Le Matador : La Figure Centrale de la Corrida
Le matador — littéralement « celui qui tue » — est l’acteur principal de la corrida. C’est lui qui donne son nom au spectacle, qui porte le traje de luces (costume de lumières) et qui affronte seul le taureau lors du tercio de muerte, la troisième et dernière phase. Son travail commence bien avant l’estocade finale : après les interventions du picador et du banderillero, il entre dans l’arène avec sa muleta rouge et commence les faenas — les séries de passes artistiques.
La muleta est une petite cape rouge (en réalité rouge et rose, mais le rouge est l’image populaire) montée sur un bâton. Contrairement à ce que l’on croit souvent, le taureau ne réagit pas à la couleur rouge — il est daltonien — mais au mouvement. Le matador guide le taureau dans des passes de plus en plus proches, montrant son art, sa sérénité et son emprise sur l’animal. L’estocade finale, idéalement portée entre les épaules du taureau pour atteindre le cœur, met fin au combat.
Pour devenir matador, un torero passe par plusieurs étapes : d’abord novillero (combattant de jeunes taureaux), puis il prend l’alternativa, une cérémonie officielle par laquelle un matador confirmé lui cède son rang. Les grands matadors de l’histoire — Manolete, El Cordobés, Enrique Ponce, José Tomás — sont devenus des icônes culturelles en Espagne.
La Cuadrilla : Un Travail d’Équipe
La corrida est souvent perçue comme un duel entre le matador et le taureau, mais c’est avant tout un travail d’équipe. La cuadrilla est composée du matador, de deux picadors et de trois banderilleros, auxquels s’ajoutent des aides de camp et un mozo de espadas (le porteur d’épées). Chacun connaît son rôle à la perfection et s’entraîne pendant des années avant de paraître dans les grandes arènes.
La coordination entre les membres de la cuadrilla est essentielle. Si le picador pique trop fort, le taureau peut être trop affaibli pour un bon travail de muleta. Si les banderilleros ne plantent pas correctement leurs bâtons, le taureau peut corriger ses défauts de charge avant le tercio de muerte. La communication entre tous ces acteurs, souvent silencieuse et gestuelle, fait partie de l’art de la corrida.
Différences entre Picador, Banderillero et Matador : Tableau Comparatif
| Critère | Picador | Banderillero | Matador |
|---|---|---|---|
| Formation requise | École de tauromachie + équitation | École de tauromachie | École de tauromachie + alternativa |
| Salaire moyen | Modeste | Modeste à intermédiaire | Variable (de 3 000 à 300 000 €) |
| Risque physique | Élevé (chutes de cheval) | Très élevé (exposure au taureau) | Maximum (seul face au taureau) |
| Popularité publique | Faible | Modérée | Très élevée |
| Nombre par cuadrilla | 2 | 3 | 1 |
Considérations et Contexte Éthique
La corrida reste un sujet de débat intense en Espagne et dans le monde. Si elle est reconnue comme Bien d’Intérêt Culturel Immatériel en Espagne, des associations de protection animale la contestent vigoureusement pour la souffrance infligée au taureau. Certaines régions espagnoles, comme la Catalogne (bien que cette interdiction ait été partiellement remise en question), ont tenté de l’interdire. Les spectateurs qui assistent à une corrida sont donc témoins d’un spectacle chargé d’histoire mais aussi de controverses éthiques qu’il convient de ne pas ignorer.
Pour le voyageur curieux, assister à une corrida à Las Ventas de Madrid est une expérience culturelle intense, à vivre en pleine connaissance de ce qu’elle représente : un art ancestral, certes, mais aussi un combat où l’animal perd toujours la vie. Comprendre les rôles du picador, du banderillero et du matador vous permettra d’apprécier la structure de ce spectacle avec un regard éclairé.
